Pour les musulmans, la doctrine de la divinité de Christ est considérée comme anathème, et le Coran enseigne que celui qui y adhère aura sa demeure dans les flammes de l’enfer (Sourate 5 :72). Pour un chrétien, croire en la divinité du Christ est nécessaire pour le salut (Romains 10 :9). Peut-il y avoir une divergence plus grande ?

Après quelques recherches, j’ai trouvé qu’un intellectuel renommé, Bart Ehrman, remettait en question le christianisme et affirmait que l’évangile de Jean n’était pas fiable. « Sans aucun doute, Jésus est présenté comme Dieu dans l’évangile de Jean,» remarquait Ehrman ; « mais vu que cet évangile a été écrit 60 ans après Jésus Christ, il ne peut être digne de confiance. La croyance de la divinité de Jésus a été inventée après sa mort. C’est pour cette raison qu’elle est absente dans les autres évangiles. Si Jésus a, en effet, prétendu être Dieu, pourquoi devons-nous attendre le quatrième évangile, celui de Jean, pour apprendre cette nouvelle ? »

Les musulmans croient que Jésus a été divinisé après sa mort ; beaucoup de sites islamiques citent Ehrman régulièrement. Ils adoptent son approche, argumentant que si Jésus avait prétendu être Dieu, nous aurions trouvé des preuves de sa divinité dans le premier des quatre évangiles, celui de Marc. Ils essayent de démontrer aux chrétiens que Marc présente Jésus comme un simple homme, et non comme Dieu.

Plongeons nous maintenant dans l’évangile de Marc.

LE DEBUT DE L’EVANGILE DE MARC

Plus vous en apprendrez sur cet évangile, plus vous réaliserez que c’est un évangile très judaïque, écrit en ayant l’Ancien Testament à l’esprit. Il se réfère plus de 70 fois à l’Ancien Testament, et particulièrement au livre d’Esaïe. Il ne se réfère jamais explicitement à des sources gréco-romaines. Lorsque j’ai lu l’évangile de Marc sous cet angle, l’angle de l’écriture hébraïque, j’ai réalisé qu’Ehrman s’est terriblement trompé. Non seulement Marc présente Jésus comme Dieu, mais l’objectif principal de son évangile, est de révéler que Jésus est Yahvé, l’Éternel !

En effet, Marc commence son évangile en faisant référence à un passage de l’Ancien Testament : Esaïe 40 v.3-5 :

« Une voix crie : Préparez au désert le chemin de l’Eternel ! (…) Alors la présence de l’Eternel sera révélée ». Esaïe a donc prophétisé que Yahvé, le Dieu d’Israël, apparaîtra et qu’une voix dans le désert proclamera son arrivée. Marc déclare au chapitre 1, verset 4 que Jean-Baptiste est cette voix dans le désert, et que celui dont Jean proclamait l’arrivée est Jésus.

En fait, Marc combine la référence d’Esaïe 40, v.3-5 avec celle de Malachie 3, v. 1, dont le texte dit explicitement que le messager (encore une fois Jean-Baptiste) apparaîtra avant la venue du Seigneur dans son temple. Comme avec la citation d’Esaïe, le Seigneur, c’est Jésus.

Ainsi, au tout début de son évangile, Marc assimile L’Éternel (Yahvé) à Jésus, en se référant à de multiples versets de l’Ancien Testament. Pour un lecteur juif attentif, le prologue de l’évangile de Marc a la même fonction que celui de Jean : celle d’affirmer que Jésus est Dieu lui-même.

Marc continue au chapitre 2, versets 3 à 10, en nous montrant que Jésus a pardonné les péchés d’un paralytique. Les scribes, à la vue de cette scène, se dirent en eux-mêmes : « Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul ? ». Pour les juifs, blasphémer contre Dieu est une accusation faite à quelqu’un qui ne voue pas à Dieu le respect qui lui est dû ; et d’une manière plus commune, en prononçant le nom de Dieu ou en octroyant des attributs divins à soi-même. Il est clair qu’ici, Jésus n’a ni insulté Dieu ni prononcé son nom. Leur accusation de blasphème peut seulement signifier que Jésus se déclarait lui-même être Dieu en s’attribuant le droit (la prérogative) divin de pardonner les péchés.

En réponse, loin de nier qu’il prétend être Dieu, Jésus leur montra son autorité pour pardonner les péchés en guérissant le paralytique par sa puissance divine. Cela ne démontre pas seulement son autorité spirituelle, mais cela rappelle également aux scribes, qui connaissaient bien l’Ancien Testament, les versets 2 et 3 du psaume 103 :

« Mon âme, bénis l’Eternel,
et n’oublie aucun de ses bienfaits !
C’est lui qui pardonne toutes les iniquités,
qui guérit toutes les maladies.
 »

Quand les scribes accusèrent Jésus de se proclamer Dieu, au lieu de le nier, il alla bien plus loin encore ; en guérissant le paralytique, ainsi il fit ce que seul Dieu fait dans les psaumes.

Plus loin dans le même chapitre, Jésus, parlant de lui-même dit : « Le fils de l’homme est maître même du sabbat » (Marc 2 v.28). À moins que nous ne connaissions bien l’Ancien Testament, il est facile de ne pas remarquer que le sabbat est le quatrième des dix commandements (Exode 20 v. 8). Quand Jésus se déclare être le maître du sabbat, il affirme avoir autorité sur les dix commandements, bien que cela n’appartienne qu’au seul Dieu : Yahvé.

Dans Marc 4, v.35-41, nous trouvons les disciples en bien mauvaise posture, sur la mer, au milieu d’une tempête, avec des vagues si importantes qu’elles se jetèrent sur le bateau et commencèrent à l’inonder. Dans la tourmente, ils crièrent à Jésus. Jésus menaça le vent, et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Et le vent cessa et il y eut un grand calme (v.39). Les disciples furent saisis d’une grande frayeur, et ils se dirent en eux-mêmes : « Quel est donc celui-ci, à qui obéissent même le vent et la mer ? » (v.41). Nous devrions réaliser maintenant que Marc attend de nous que nous répondions à ces questions rhétoriques en nous tournant vers l’Ancien Testament. Au psaume 107, v.25-30, des hommes sont sur une mer en furie, si périlleuse que leur courage s’en est allé, les laissant dans un désarroi profond. « Dans leur détresse, ils crièrent à l’Eternel, et il les délivra de leurs angoisses ; il arrêta la tempête, ramena le calme, et les ondes se turent ». (v.28-29).

Ainsi donc, dans l’Ancien Testament, quand des hommes sont pris dans une tempête sur la mer et qu’ils craignent pour leur vie, ils crient à Yahvé, l’Eternel, qui arrête les tempêtes et calme les vagues. Dans l’évangile de Marc, quand les disciples furent pris dans une tempête sur la mer et qu’ils craignirent pour leur vie, ils crièrent à Jésus, qui arrêta la tempête et calma les vagues. Une fois encore, Marc assimile Jésus à Yahvé.

Dans un autre passage traitant d’un voyage en mer, en Marc 6, v.45-52, les disciples éprouvent d’immenses difficultés à ramer contre le vent. Parmi les vagues déchaînées, Jésus marcha avec eux sur les eaux. Pour ceux qui connaissent l’Ancien Testament, une allusion à Job 9, v.8 est évidente ; Job parle de l’Eternel, Dieu : « Seul il étend les cieux, il marche sur les hauteurs de la mer ». Ainsi, Job déclare cela qui n’est possible qu’à Dieu seul et Marc nous présente Jésus le réalisant.

Maintenant que nous avons discuté de ce qui ressortait de ces chapitres 1 à 6 de l’évangile de Marc, nous comprenons ce que Marc veut démontrer : Il présente Jésus comme Dieu, l’Éternel. Si vous n’êtes toujours pas convaincu par la clarté de ces multiples allusions présentant Jésus comme Dieu, alors laissez-moi vous exposer le point culminant de cet évangile : le procès de Jésus.

LE POINT CULMINANT DE L’EVANGILE DE MARC

En Marc 14, v.55-64, Jésus a été amené devant le souverain sacrificateur et le sanhédrin. Ceux qui l’y ont amené, avaient déjà cherché à le détruire auparavant, au début de son ministère (3 v.6). Ils espèrent l’incriminer par ses paroles contre le temple ; mais sans témoignage suffisant ou accusation cohérente, le procès tourne mal (14, v.55-59). Alors le souverain sacrificateur exige que Jésus leur dise qui il est. Il semble que le souverain sacrificateur espère pouvoir condamner Jésus par sa révélation de son identité. Quand Jésus répond, il donne au sanhédrin bien plus que ce qu’ils avaient espéré.

Voici quels furent les mots de Jésus : « Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel ». La signification de ses mots n’aura pas de sens si nous ne connaissons pas l’Ancien Testament, mais pour le sanhédrin juif, cela est si clair, qu’il condamne Jésus à mort pour blasphème. Qu’a dit Jésus exactement ?

En Marc 14, v.62, Jésus fait une double référence à l’Ancien Testament, déclarant que les privilèges et la position de L’Éternel (Yahvé) sont les siens. La première référence se trouve dans le livre du prophète Daniel. Jésus cite Daniel 7, versets 13 à 14, qui est une vision apocalyptique qu’avait eue le prophète Daniel :

« Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme ; il s’avança vers l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, la gloire, le règne ; et tous les peuples, les nations et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit. »

Dans ce passage de Daniel, un être ressemblant à un humain (semblable à un fils de l’homme) s’approche de Dieu. Bien qu’il soit semblable à un humain, son arrivée se fait à travers les nuées ; une arrivée réservée à L’Éternel Dieu dans l’Ancien Testament. Ensuite, à celui qui est semblable à un fils de l’homme est donné la domination éternelle, la gloire et le règne, bien que seul Dieu soit supposé avoir la domination, la gloire et le règne éternel. Enfin, ce passage nous informe que tous les peuples serviront le Fils de l’homme. Ce mot « servir » que ce soit en araméen ou en grec, désigne toujours un service que l’on ne doit qu’à Dieu seul.

Ainsi, ce chapitre 7 de Daniel présente un fils de l’homme qui vient sur les nuées du ciel, comme seul l’Éternel Dieu le peut ; il reçoit ensuite la domination éternelle, la gloire et le règne, comme seul l’Éternel Dieu les possède ; et tous les peuples le serviront d’un service divin, comme seul l’Éternel Dieu le mérite. Le fils de l’homme de Daniel 7, est un fils de l’homme divin. À travers l’évangile de Marc, en commençant au chapitre 2, verset 10, Jésus dit de lui-même qu’il est le Fils de l’Homme, bien qu’il n’ait jamais explicitement défini ce terme. En Marc 14, v.62, le point culminant de cet évangile, Jésus révèle enfin à tout le monde qui il est, en citant Daniel 7, v.13-14 : Il est le Fils de l’Homme de Daniel 7 ; il est Yahvé, l’Éternel Dieu manifesté en chair.

Mais le fait de s’appeler Fils de l’Homme n’est pas la seule parole blasphématoire qu’il ait prononcée devant le sanhédrin. Comme pour ôter tout doute, Jésus a également déclaré qu’il a le droit de s’asseoir sur le trône de Dieu. Quand il dit qu’ils verront le Fils de l’Homme « assis à la droite de la puissance de Dieu », il se réfère au psaume 110, verset 1 : « Parole de l’Eternel à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. »

Etre assis à la droite de Dieu était un droit que nul n’a osé réclamer, ni attribuer à quiconque jusqu’à ce jour du second temple de l’histoire juive. Cela implique le fait de s’asseoir sur le trône même de Dieu, et cela équivaut à se proclamer l’héritier de Dieu, celui qui partage la souveraineté avec Dieu.

Après avoir appris tout cela, nous comprenons pourquoi le sanhédrin voulait crucifier Jésus pour blasphème. Quand Jésus prétendit être le Fils de l’Homme de Daniel 7, et le Seigneur de David au psaume 110, ces deux prétentions impliquent un état divin, une autorité et une puissance divines. En réponse à la question « qui es-tu ? », Jésus répond en substance : « Je suis celui à qui toute l’humanité doit une adoration éternelle sur MON royaume, et je m’assiérai sur le trône même de Dieu. Je suis Yahvé. »

Après avoir lu l’évangile de Marc sous l’angle des Ecritures judaïques, nous ne pouvons échapper à l’évidence. De l’introduction jusqu’au point culminant, l’évangile de Marc est une exposition de la divinité de Jésus. La première biographie de Jésus, jamais écrite, a pour dessein de nous montrer que Jésus est l’Éternel Dieu.

CONCLUSION

Si nous mettons de côté nos croyances islamiques, et que nous nous posons la question en tant qu’observateurs objectifs, arriverons-nous à la conclusion que Jésus a prétendu être, ce qu’il est : Dieu ? Selon ma propre expérience, la réponse est un transcendant et révolutionnaire « OUI ». Les recherches que j’ai faites sur ce sujet ont transformées ma vie pour toujours.

Il est impossible de défendre la thèse que la divinité de Jésus est une invention tardive, une évolution de la christologie. Non seulement l’évangile de Jean présente Jésus comme étant Dieu, mais il en est de même pour celui de Marc qui présente Jésus comme Dieu, Yahvé. La preuve la plus précoce qui soit, probablement de la même décennie que la crucifixion de Jésus, assimile Jésus à L’Eternel Dieu.

Pour revenir à Bart Ehrman, souvent mentionné par les apologètes musulmans ; après quelques recherches plus profondes sur ce sujet, il a changé son avis ! Voici ce qu’il a écrit sur son blog :

« Voici, je le crois, mon dernier message sur une question qui a changé mon point de vue pendant que je faisais mes recherches sur Comment Jésus devint Dieu. Ce dernier message est très important… pour moi, au moins. Voilà de quoi il est question :

Jusqu’à l’année dernière, j’aurais dit (et je l’ai fréquemment dit, dans les salles de classe, dans les conférences publiques et dans mes écrits) que Jésus est présenté clairement comme Dieu dans l’évangile de Jean mais pas, absolument pas, dans les autres évangiles de Mathieu, Marc et Luc.  J’aurais démontré que seulement dans l’évangile de Jean, Jésus dit des choses telles que : « Avant qu’Abraham fut, Je Suis » (8 v.58, prenant sur lui le nom de Dieu, comme il a été dit à Moïse en Exode 3) ; ses ennemis juifs savaient très bien ce qu’il était en train de dire : ils prirent des pierres pour le lapider. Plus tard, il dit : « Moi et le Père nous sommes un » (10 v.30). Là, encore une fois, les juifs prirent des pierres. Encore plus tard, il enseigna à ses disciples : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (14 v.9). Et dans une de ses prières, il demanda au Père : « Et maintenant toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde soit » (17 v.5).

Aucune de ces phrases, ou rien de semblable, ne peut être trouvé dans les autres évangiles canoniques. Jean présente indéniablement Jésus comme étant Dieu, en Jean et seulement en Jean (j’aurais argumenté).

Mais…, en faisant des recherches, et en réfléchissant de plus en plus fort sur cette question… j’ai finalement cédé. Ces évangiles présentent, en effet, Jésus comme Dieu. Etant le seul Fils de l’Homme, qui peut guérir, chasser les démons, ressusciter les morts, accorder le pardon divin, recevoir l’adoration… Tout cela, suggère que même pour ces évangiles, Jésus est Dieu, et non un simple homme.

Alors oui, maintenant je reconnais que Jésus est présenté comme Dieu, Dieu fait homme, dans tous les évangiles.  Mais de manières différentes, selon les évangiles. »

Tous les enseignements chrétiens décrivent Jésus comme Dieu. Pour les chrétiens de l’église primitive, Jésus est bien plus qu’un prophète. Il est Yahvé, l’Éternel Dieu lui-même.