Un argument plus essentiel encore à la foi musulmane est la parfaite préservation du Coran. Chaque mot, chaque lettre, chaque trait du Coran reste exactement comme il a été révélé, d’Allah à Muhammad et de Muhammad jusqu’à nos jours. C’est une croyance essentielle en raison de la perspective islamique du Coran : il est l’expression éternelle d’Allah, donc il ne peut ni ne pourra jamais être sujet à aucun changement. Son immuabilité est également une nécessité parce qu’elle est le fondement de la charia, une loi pour tous les temps.

Ceci est la preuve miraculeuse de l’inspiration du Coran parce qu’il a été prophétisé dans le Coran : « Nous avons certainement révélé l’avertissement (le Coran) et nous serons certainement son gardien » (15.9). Et puisque les musulmans croient que tous les autres livres sacrés ont été corrompus par leurs adeptes, ce miracle en est d’autant plus puissant.

REPONSE : DE QUELLE FAÇON A-T-IL ÉTÉ PARFAITEMENT CONSERVÉ ?

Bien que les musulmans aient une foi ferme dans la préservation parfaite du Coran, il est en réalité impossible de le prouver. Quand Othman a produit une copie officielle du Coran et a détruit toutes les autres copies, il n’a laissé aux futurs historiens aucun moyen de déterminer si le Coran que nous possédons aujourd’hui remonte vraiment à Muhammad. Othman a détruit toutes les preuves, et il semble qu’il l’ait fait, justement, parce qu’il y avait des variantes.

Bien que la préservation parfaite ne puisse être prouvée, elle peut être réfutée dans une certaine mesure. En premier lieu, le texte coranique n’a pas toujours été écrit, mais parfois seulement mémorisé. C’est pour cette raison qu’Omar a convaincu Abu Bakr de recueillir d’abord une copie du Coran. Beaucoup de Qurra (les récitants du Coran) étaient sur les champs de bataille, et Omar a dit : « Je crains qu’il y ait un grand nombre de victimes parmi le Qurra sur les champs de bataille, ce qui entraînerait la perte d’une grande partie du Coran. »[1] Si le Coran avait été écrit en entier, comme certains musulmans le prétendent, pourquoi craindrait-il sa perte par la mort des récitants ?

Le fait est que certaines portions du Coran n’avaient pas été écrites, et qu’il fallait les recueillir à partir du souvenir des récitants. Cela est dit explicitement dans Sahih Bukhari : Le Coran a été recueilli à partir de « tiges de palmiers, de fines pierres blanches et également à partir de ceux qui le savaient par cœur ». Le même hadith nous dit qu’au moins deux versets étaient connus par une seule personne : « Je me suis mis à la recherche du Coran jusqu’à ce que je trouve les deux derniers versets de la sourate at-Tauba avec Abi Khuza’ima Al-Ansari et je n’ai pu trouver les versets avec personne d’autre que lui. »[2] En d’autres termes, deux versets du Coran ont été inclus sur le témoignage d’un seul individu. S’il ne s’était pas souvenu de ces versets, ils auraient été perdus, et nous n’en aurions pas été plus sages.

Sahih Bukhari mentionne qu’un verset s’était perdu lors de la première rédaction du Coran, et qu’il a fallu le retrouver par la suite : « Lorsque nous avons copié le Coran j’ai omis un verset de la sourate Ahzab, verset que j’avais l’habitude d’entendre réciter par le Messager d’Allah. Nous l’avons donc cherché, et trouvé, avec Khuza’ima bin Thabit Al-Ansari. »[3] Il semble que des versets entiers n’ont cessé d’être oubliés et perdus, et c’est à grand peine qu’ils ont pu être récupérés.

Muhammad lui-même avait coutume de dire que les Musulmans avaient tendance à oublier très facilement les versets coraniques. « Ne cessez jamais de réciter le Coran car il s’échappe du cœur des hommes plus vite qu’un chameau. »[4] Il n’exagérait pas, puisque lui- même oubliait certains versets. Une nuit, comme il entendait un homme réciter le Coran, il déclara : « Que Dieu lui accorde sa miséricorde, tout comme il a fait pour moi en me rappelant certains versets que j’avais oubliés. »[5]

Si, selon les traditions les plus dignes de foi, certaines parties du Coran n’étaient connues que d’une seule personne, et d’autres parties avaient été oubliées – et c’est un fait que les musulmans oubliaient des versets –, n’est-il pas légitime de penser que certaines parties du Coran ont été omises ? Pouvons-nous vraiment dire qu’un texte aussi précaire a été parfaitement conservé ?

Malheureusement, nous ne pouvons pas affirmer une telle chose. Sahih Bukhari enfonce le clou en rappelant le hadith où Omar déclare : « Ubay fut le meilleur d’entre nous dans la récitation du Coran, cependant, nous laissons de côté certaines parties de ce qu’il récite », Ubay, de son côté, déclare : « Je le tiens de la bouche même du Messager d’Allah et je n’en oublierai absolument rien. »[6] Ainsi, le meilleur récitant du Coran en personne a considéré comme une vérité infaillible que des versets du Coran ont été perdus. Muhammad lui-même a désigné Ubay comme étant l’un des meilleurs enseignants du Coran[7], et pourtant celui-ci n’était pas en accord avec le Coran qui est aujourd’hui en notre possession.

En résumé, non seulement il est impossible de prouver que le Coran a été parfaitement préservé, mais il semble même au contraire qu’on ait prouvé qu’il n’est pas fiable : des parties manquent, et l’un des plus grands maîtres du Coran, désigné par Muhammad lui-même, est en désaccord avec la version du Coran que nous possédons aujourd’hui. Il y aurait encore beaucoup à dire contre l’argument de la préservation parfaite, mais nous nous sommes limités aux preuves exposées dans Sahih Bukhari, et encore, pas toutes.

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[1] Sahih Bukhari 6.61.509

[2] Sahih Bukhari 6.61.511

[3] Sahih Bukhari 6.61.510

[4] Sahih Bukhari 6.61.550

[5] Sahih Bukhari 6.61.558

[6] Sahih Bukhari 6.61.527

[7] Sahih Bukhari 6.61.521